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La graine #2 : Des fours solaires pour des cuissons sans pollution

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La graine #2 : Des fours solaires pour des cuissons sans pollution

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En 17 ans, l’association nantaise « Bolivia Inti – Sud Soleil » a fourni 40 000 cuiseurs écologiques dans certains pays africains, mais aussi en Amérique du Sud. Nous avons rencontré une adhérente qui fait tourner la machine depuis plus d’une décennie et qui nous raconte les origines de son engagement.

Tout est parti d’un voyage familial en Bolivie en 1999. Quatre couples d’amis, huit au total, français et boliviens, sont en vacances sur place. Ils se rendent compte, en visitant des villages isolés, du danger que peut représenter les fumées de cuisson pour les habitants des Andes et l’utilisation abusive du bois en ce qui concerne l’environnement. Robert Chiron, de longues années président de l’association (et décédé en 2015, N.D.L.R.), et ses compères décident de leur venir en aide et leur dotent dès l’année suivante de dizaines de cuiseurs pour faciliter leur quotidien. Nous avons échangé avec Thérèse Convert, une bénévole depuis plusieurs années. Aujourd’hui à la retraite, la Corrézienne a travaillé dans un centre social, 15 ans volontaire du mouvement Quart Monde puis dans une librairie en région parisienne, avant de s’engager.

Les fours solaires, pour moins polluer (source Flickr)

Pourquoi avez-vous rejoint cette association, quel a été le déclencheur ?
Thérèse Convert : Après avoir entendu le nom de l’association en 2002 grâce à une émission de télévision, je me suis décidée à aller à l’assemblée générale. Je voulais en connaître un peu plus et, je l’avoue, j’ai été assez émerveillée. 200 personnes qui se rassemblent pour savoir ce que fait leur association m’a semblé être une bonne chose. Rejoindre ce collectif m’a donc semblé être une évidence. Ce que propose cette association, c’est un progrès, car lorsque que l’on cuisine au bois, seul 15 % de l’énergie chauffe la marmite et cuit les aliments. Les deux tiers des habitants de la planète cuisinent avec du bois, des déchets végétaux, des bouses d’animaux séchées ou du plastique. Savoir que des gens ont investi pour faire autrement, c’est quand même prodigieux. L’initiative est écologique – enlever du bois de la nature provoque une déforestation à la longue – et cela m’a plu. C’était une façon d’allier plus de confort, une meilleure alimentation et puis la possibilité de participer à quelque chose qui me semblait juste. Les cuiseurs solaires permettent de réaliser 100 % d’économie de CO2.

Pourquoi l’association s’est-elle appelée Bolivia Inti – Sud Soleil ?
Bolivia car elle a été co-créée par des Boliviens, et Inti parce que cela veut dire “soleil” dans la langue quechua, qui est encore parlée par de nombreux habitants en Amérique du Sud. Sud Soleil, enfin, dans la mesure où l’association ne se tourne pas que vers l’Amérique du Sud.

Que faites-vous au sein de l’association ?
J’organise des ateliers de formation dans la région où j’habite. À plusieurs reprises, des gens ayant acheté un cuiseur solaire l’ont laissé au fond d’un garage pendant des mois. Il faut changer ses habitudes, d’où les formations qui permettent le déclic. Changer ses habitudes, ce n’est pas plus facile pour moi que pour un habitant des pays du Sud.

En quoi consistent ces formations ?
Il s’agit de journées organisées pour découvrir le fonctionnement des cuiseurs écologiques, comprendre comment les intégrer dans son quotidien et apprendre à les utiliser. Les personnes que nous formons peuvent aussi apprendre à assembler leur cuiseur solaire ou à fabriquer des cuiseurs thermos. Grâce à l’association, je rencontre du monde.

Avez-vous d’autres missions ?
Au fur et à mesure, j’ai multiplié ma présence dans diverses manifestations, des foires, des fêtes de villages, dans le but de faire découvrir BISS. Je suis également intervenue dans des écoles pour sensibiliser des scolaires. Je réponds à des émissions de radio ou de télé, mais force est de reconnaître qu’il y a un vide total de réaction de réponse. C’est un peu décourageant.

Des fours à la plage (source : Wikipedia)

Vous sentez que le message a du mal à passer dans les médias ? Qu’on ne s’y intéresse pas assez ?
L’association a peut-être des priorités qui fait qu’on ne peut pas mettre les forces partout. Il y a peut-être une incompétence, de notre part, à faire passer un message. Prenons un exemple : la pollution génère des décès. Les particules sont extrêmement dangereuses pour la santé. À Paris, le niveau est de 30 microgrammes par M² PPM ; dans les rues de Bangkok, ce niveau atteint 240 microgrammes. À côté d’un foyer ouvert comme à l’intérieur d’une cuisine, c’est 3 000. Vous envoyez ça à la presse… mais il n’y a pas de réaction. Est-ce que le mail arrive aux journalistes ? Je n’en sais rien. Et comment faire pour que ces données, qui me semblent essentielles, sortent de l’ignorance ? J’ai déjà entendu des personnes, que nous avons contacté, dire : « Bof, encore des soixante-huitards. Ils veulent nous faire vivre avec la bougie ! »

À ce point ?
Cela évolue. Certaines personnes, qui ont un cuiseur solaire, se disent désormais qu’ils ont “quelque chose à offrir en héritage” à leurs enfants. Certains ajoutent : “On peut cuisiner sans être remplis de poussières et de cendres.” Ou : “Maintenant, que je vais avoir du temps, eh bien je vais pouvoir faire tel ou tel chose.” Voire : “Puisque maintenant, quand il y a des réunions dans le village, je suis libre, je peux y participer. Je ne suis pas obligé d’être à côté du feu, de mettre du bois.” Cela va dans le bons sens. Tout fonctionne par le bouche-à-oreille. Il suffit que quelques personnes dans un village en possèdent pour que tout le monde en ait besoin.

Quels sont les bénéficiaires des cuiseurs ?
En Amérique du Sud , les bénéficiaires se trouvent essentiellement dans les villages. Dans des bourgades qui peuvent être à deux heures de route à pied du dernier bus. On ne porte pas une bouteille de gaz tout ce temps, même sur un lama. Les bénéficiaires sont par ailleurs des personnes nécessiteuses. L’énergie de cuisson peut représenter jusqu’à 30% du budget mensuel. Ce sont en priorité des gens qui n’ont pas les capacités financières d’autofinancer des ustensiles de cuisson propre. C’est pour ça que l’association travaille avec des partenaires pour le droit à une cuisson propre pour tous.

Fabrication artisanale

Comment sont fabriqués ces cuiseurs, et par qui ?
En Afrique, par exemple, il y a des artisans locaux qui sont contactés et qui fabriquent des cuiseurs à bois économe. L’association forme des artisans et leur transmet la méthode de fabrication pour que ces derniers deviennent indépendants. Elle ne les paye pas, mais finance et organise des formations. Les compétences de l’association ont par ailleurs permis de développer de vrais chauffages conçus par d’autres associations.

Quels sont les matériaux nécessaires à sa conception ?
C’est une boîte faite avec des matériaux isolants, à l’intérieur de laquelle on trouve des matériaux réfléchissants. Une vitre permet de faire réfléchir le soleil. Des réflecteurs augmentent la capacité du soleil à entrer à l’intérieur de la boîte. Il suffit de mettre une marmite remplie d’aliments pour que ses derniers cuisent tout seul.Il suffit d’attendre.

Et cela coûte combien ?
En France, il faut débourser 200 euros pour un cuiseur sous forme de boîte, 380 euros pour un cuiseur en parabole. En Amérique latine, les personnes qui achètent ces cuiseurs ne payent qu’un quart du prix, le reste est couvert par l’association.

Comment voyez-vous le futur de Bolivia Inti -Sud Soleil dans les prochaines années ?
Ce qu’elle fait ne peut être qu’en pente ascendante. Ce n’est pas possible qu’on continue à détruire la planète et à se tuer en permanence. Maintenant cela va dépendre de la frilosité des gens qui en entendent parler. Parfois, nous rencontrons des gens et, pour eux, un cuiseur, c’est ce qu’il leur faut, et ils démarrent parce que ça leur semble tellement simple, tellement juste, tellement logique. L’association ne peut s’éteindre, elle intéresse pour de nombreuses raisons. Certains pour le côté écologique et le respect de l’environnement. D’autres sont séduits à l’idée d’éviter près de 4,5 millions de morts par an à cause des fumées dangereuses de la cuisson dans le monde. D’autres, enfin, vont pouvoir apprécier le bricolage : la construction des cuiseurs. L’idée : inventer et améliorer… En 1999, il y avait huit personnes au sein de l’association, en fin d’année dernière quelques milliers. La première année il y avait 77 cuiseurs de fabriqués. Aujourd’hui : 40 000 ont été conçus. Il n’y a pas de raison que ça s’éteigne. Et si nous rêvions, un peu ? Et si nous arrêtions de produire du gaz, du pétrole et que nous nous mettions tous au régime merveilleux des cuiseurs solaires. Bon, ce n’est pas pour demain.

Un mot pour conclure ?
La vie, c’est comme la terre, on en a qu’une.

Propos recueillis par Kevin Carlos Vaz

Photos : Flickr, Wikipédia


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