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La part du colibri

Philippe Bertrand (Carnets de Campagne) : “La visibilité des initiatives n’est pas le premier souci de ceux qui les portent”

Point de vue

Philippe Bertrand (Carnets de Campagne) : “La visibilité des initiatives n’est pas le premier souci de ceux qui les portent”

À l’occasion de la sortie de son livre Manifeste pour demain (aux éditions Libre et Solidaire) Philippe Bertrand, présentateur de l’émission Carnets de Campagne sur France Inter, a répondu à nos questions. Il évoque sa vision du développement de l’économie sociale et solidaire sur les territoires.

Que retrouve-t-on dans votre “Manifeste pour demain” ?

Dans Manifeste pour demain, j’essaie de rendre compte de toutes les réalités couvertes par l’ESS. Mon souhait est de ne pas être angélique sur une économie qui n’est pas toujours défendue comme il le faudrait par les propres instances porteuses de cette économie. Pourquoi? Parce que tout le monde sans exception est dépassé par le foisonnement des initiatives locales. L’ESS n’est pas seulement un conglomérat d’associations ou de coopératives, mais elles concernent des entreprises qui apportent du sens à ceux qu’ils les créent ou les composent. Elles entrent dans une économie au sens strict c’est-à-dire qu’elles ont aussi pour obligation de faire des bénéfices comme les autres, à la seule différence qu’elles ne nourrissent pas un actionnariat insidieux, mais les hommes et les femmes qui les animent.

L’économie sociale et solidaire est-elle trop silencieuse par rapport à ce qu’elle représente aujourd’hui en France ?

Oui, l’ESS est encore trop timorée et manque de moyens ou de relais pour faire valoir ses avantages. Cette énorme masse ou fourmilière d’innovations, de créations d’emplois est parfois très mal représentée par les instances qui sont censées plaider en sa faveur. D’une région à l’autre, les chambres régionales de l’ESS, les CRESS, ne mettent pas la même énergie à faire émerger les modèles vertueux. je vais dire qu’il y a des cultures qui leur sont plus favorables et cela est lié souvent à des traditions de comportements plus ou moins positives. Bizarrement la Bretagne s’est affranchie des représentants “institutionnels” pour créer des pôles locaux de l’ESS. Ils ne font pas seulement la promotion des entreprises existantes, mais suscitent des maillages d’idées et de projets qui relèvent d’un élan collectif. De la même manière, je m’interroge sur la quasi absence des forces de cette économie dans le négociations syndicales et patronales, alors que le modèle d’organisation des coopératives est un modèle solide. À cette interrogation, une réponse se trouve dans la longue histoire des coopératives qui peuvent osciller entre entreprises lucratives, comme Limagrain, et entreprises réellement solidaires et participatives comme le sont les coopératives d’activité et d’emploi.

Au quotidien, ressentez-vous un désir de la part des auditeurs d’en savoir plus sur la France qui agit dans ce domaine ?

Quotidiennement. La curiosité des auditeurs s’intensifie, autant de la part d”un auditoire rural et d’un auditoire urbain. Des preuves? l’État providence a rendu l’âme. les élections nationales sont de plus en plus boudées par la population qui souhaite seulement et uniquement pouvoir décider de son avenir et de son devenir sans attendre des réglementations étatiques ou des dispositions éloignées de leurs besoins. Combien de fois, j’ai à l’antenne des personnes quoi ont modifié radicalement leur mode vie, de consommer, de travailler et qui me disent: “on gagne moins d’argent, mais qu’est-ce qu’on est heureux”.

Comment valoriser les initiatives positives dans les médias ?

La valorisation par les médias n’est possible qu’à partir du moment où des témoignages de masse surgissent. Cela ne sera jamais le cas et d’ailleurs ce n’est pas la médiatisation qui fera le bonheur de ces personnes. Elles ne cherchent pas à être connues, mais reconnues par les collectivités locales. Depuis un certain temps, on a inventé le qualificatif de “journalisme de solutions” à croire que les autres sont des journalistes à problèmes. Au-delà de l’anecdote, la visibilité des initiatives n’est pas le premier souci de ceux qui les portent, mais c’est bien plutôt les conditions d’installation, d’épanouissement de ces initiatives qui importent par-dessus tout.

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