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Niort : Un cimetière naturel pour une dernière demeure écologique

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Niort : Un cimetière naturel pour une dernière demeure écologique

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à une initiative de la ville de Niort. Depuis 2014, la ville possède un “cimetière naturel”. Son objectif ? “Démontrer par l’exemple qu’un cimetière peut être un espace de nature.” Dans ce lieu peu commun, les cercueils sont enterrés directement dans la terre et sont recouverts de végétaux. En plus d’être écologique, ce cimetière nouvelle génération coûte moins cher à la fabrication et à l’entretien !

Nous avons interviewé Eve-Marie Ferrer, du bureau d’études paysager de la Ville de Niort, qui est à l’origine du projet.

Sommaire:

– Mise en place du projet –

Comment l’idée est-elle venue au sein de la collectivité publique ?

C’est Dominique Bodin, ancien Conservateur des Cimetières, qui est à l’origine du concept. Il est à la retraite mais je peux vous donner ses coordonnées si vous souhaitez en discuter de vive voix avec lui. Il a fait sa carrière dans ce service et a vu évoluer les pratiques de gestion. Il a par exemple connu l’utilisation à outrance des produits… Il a eu envie de proposer autre chose aux usagers, et a commencé par engazonner la moitié du cimetière Ancien en 2011, dans un but pédagogique, afin de bousculer les mœurs et faire s’interroger le public. Puis, il m’a parlé de cette idée de cimetière « différent » et j’ai été tout de suite conquise !

Quelles ont été les différentes étapes de mise en place ?

Il a d’abord fallu que les élus valident le projet et l’emplacement. Nous avons eu de la chance le terrain choisi était déjà municipal. Nous avons ensuite déterminé le programme, le montage technique et financier. Puis, il a fallu obtenir l’accord de la préfecture dans le cadre d’une extension de cimetière. Un cabinet d’hydrogéologues a réalisé des test d’infiltration de l’eau dans la nappe phréatique puis nous sommes entrés dans une phase de réunion publique. Enfin nous avons mobilisé les différents acteurs pour lancer et coordonner le chantier (agents fossoyeurs, serruriers, maçons, menuisiers…). Nous avons terminé par une campagne de communication auprès des médias locaux et nationaux

Pourquoi agir au niveau des cimetières ?

Ce sont des lieux où l’empreinte écologique est énorme ! Les usagers ne supportent plus la vue d’une herbe qu’ils perçoivent comme une menace et une atteinte au respect de leurs défunts ; et comme tout ce qui touche à la mort est tabou en France, ce qu’il s’y passe est méconnu du grand public, à savoir la pollution de l’air, des sols et des eaux…

Aviez-vous des demandes de la part de certains administrés ?

Pas vraiment de demandes formulées, mais nous avons constaté que de nombreuses tombes étaient végétalisées, par de la plantation en tête de tombe (rosiers, arbustes) ou sur la tombe elle-même (plantes tapissantes). Par contre, depuis l’ouverture du cimetière naturel, nous recevons beaucoup d’appels de personnes de la France entière qui aimeraient reposer dans ce site ou dans un espace similaire dans leur commune.

– Le projet aujourd’hui –

Quel est votre concept ?

Ce n’est pas un cimetière mais un jardin. Nous avons fait l’inverse de ce qui se fait. Nous avons voulu qu’il garde son caractère de jardin. Nous avons fait très peu de choses. Tout est là. La parcelle était déjà très belle. Nous avons juste dû tracer des allées. Notre concept, c’est d’essayer de réduire l’impact environnemental au maximum. Il n’y a pas de caveau en béton. Les cercueils sont en matériaux bruts et ils sont mis directement en terre. Tous les matériaux sont bio-dégradables. Il n’y a pas de plaques en granite. Les familles peuvent en revanche planter ce qu’elles veulent. Nous les orientons vers des végétaux champêtres. Ensuite tout le monde a la même pierre en calcaire. La famille peut y faire graver ce qu’elle veut.

A quoi ressemble-t-il aujourd’hui ?

C’est un beau jardin, un lieu de recueil et de contemplation très calme, très doux , où l’on est en connexion avec la nature, la Terre, la Vie…

Quelles différences de fonctionnement avec un cimetière classique ?

Ici c’est le jardin qui accueille le cimetière, et non l’inverse comme dans dans beaucoup de cas. Tout a été pensé pour réduire au maximum l’impact environnemental. Son entretien est très doux, il s’agit de tonte essentiellement, et de fauchage pour les parties en prairie. Le cimetière naturel a été bâti selon une charte à destination des familles, qui concerne toutes les étapes consécutives au décès, du choix du cercueil, à la végétalisation de la sépulture, en passant par les vêtements du défunts.

Quel retour avez-vous de la part du public ?

Le retour des personnes ayant un proche dans ce jardin est que leur recueil est facilité, la présence de la nature les apaise et ils aiment venir dans ce lieu, y passer du temps pour jardiner, pique-niquer. Des promeneurs y viennent juste pour le plaisir.

Vous avez mis en place des sculptures dans le cimetière ?

Nous avons la chance d’avoir un agent qui est de formation artistique. Il a donc dessiné toutes les sculptures. Puis ce sont d’autres agents qui les ont réalisées. Elles représentent une porte, un personnage et l’arbre des printemps. Ce dernier sert à graver le nom des défunts dont les cendres sont dispersées. Elles ont été pensées pour ce site. C’est un petit plus.

– Dupliquer le projet  –

Combien vous aura couté cette initiative ?

50 000 € environ, pour de la fourniture de matériaux essentiellement (métal pour les sculptures, bois pour les clôtures, paillage pour les massifs), sachant que la mise en œuvre a été effectuée en majeure partie par des agents municipaux. Beaucoup de matériaux ont aussi été récupérés dans les dépôts municipaux : pavés, dallages, arbres et arbustes issus de friches et transplantés. Notre concept coûte beaucoup moins cher qu’un cimetière classique. Il n’y pas d’allées en béton. Nous avons uniquement décaissé pour mettre du calcaire. Tout est naturel donc cela coûte rien à l’entretien.

Quel a été son impact ?

Nous avons pu montrer qu’une autre voie est possible, le changement et l’ouverture des mentalités sont en cours. Cela ne coûte pas plus cher qu’un cimetière classique au contraire, et cela ne demande que très peu d’entretien. Nous recevons des appels de nombreuses communes, de médias, de journalistes, de particuliers de toute la France, preuve que le sujet intéresse beaucoup de personnes.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaite dupliquer votre idée ?

Il peut commencer par réserver une partie du cimetière existant à des sépultures « naturelles » , et si le concept prend, il pourra étendre la démarche. Cela doit être fait avec beaucoup de pédagogie. Il vaut mieux proposer au sein d’un même cimetière plusieurs type de funérailles.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Communiquer ! Auprès des médias, du public, le sujet reste tabou, et nous avons eu beaucoup de mal à en parler. Maintenant cela va mieux heureusement.

Est-ce un projet compliqué à mener politiquement ?

Non, pas si les élus sont fermement convaincus. Comme pour tout projet…

Propos recueillis par Baptiste Gapenne

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