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Une station d’épuration 100% écologique

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Une station d’épuration 100% écologique

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse au village de Combaillaux dans l’Hérault. Il y a plus de douze ans, le maire a engagé une expérimentation afin de mettre au point la seule station d’épuration 100% écologique de France fonctionnant avec des vers de terre. Aujourd’hui, le système a fait ses preuves et intéresse des villes du monde entier. Rencontre avec son maire Daniel Floutard.

Sommaire:

– Introduction –

Comment réussir à traiter les eaux usées d’un village de façon écologique ? Cette question de nombreux élus locaux ont pu se la poser ces dernières années. Dans une petite commune de l’Hérault, Combaillaux, un maire a décidé de prendre le pari de réaliser une expérimentation unique en Europe. Il possède depuis 2004 la seule station d’épuration 100% écologique fonctionnant à base de vers de terre. Sur une surface de 10m3, il arrive à traiter entre 50 et 70 000 litres d’eau par jour. Dès son homologation, son prototype baptisé lombrifiltre devrait intéresser de nombreux élus.

Pour évoquer le projet de Combaillaux, nous avons rencontré Daniel Floutard, le maire du village qui suit le projet depuis ses débuts. L’interview est disponible par chapitre en texte ou en vidéo.

– Mise en place du projet –

Comment l’idée vous est-elle venue ?
Tout a commencé en 1997 quand la commune de Combaillaux devait refaire une vieille station en fin de vie. Nous voulions quelque chose de simple, de robuste, et respectueux de la nature, mais ce n’était pas facile. Nous nous sommes rapprochés du Conseil départemental car ce sont eux qui prêtent assistance aux communes sur ce sujet. Ils avaient eu vent d’une expérience au Chili où certaines personnes épuraient l’eau pour la réutiliser – car il pleut très peu là bas – avec des vers de terre. Mais ils n’avaient pas fait valider officiellement le processus, ce qui empêchait son exportation.
C’est à ce moment-là que l’on vous a proposé de devenir une commune pilote ?
Oui et nous avons accepté à condition d’être accompagnés, à la fois scientifiquement et financièrement. Notre petite commune n’aurait pas pu mener à bien ce test aide. Le Conseil départemental a donné son accord, puis le projet a obtenu une bourse européenne dans la catégorie « Life et Environnement ». Suite à cela, en 2002, la DDTM (Direction Départemental des territoires et de la Mer) a donné son feu vert pour l’expérimentation sur ce site.

Les lombrics de type “Eisenia Andrei”

Quelles étaient les conditions ?

Nous nous sommes engagés à prouver scientifiquement les résultats positifs du projet. Il fallait par exemple que toute l’eau sortant du lombrifiltre soit conforme aux différentes législations. Ainsi, de fil en aiguille, nous avons d’abord monté un projet en « éprouvette » avec des spécialistes de l’INRA, puis nous avons créé une station pilote.  Elle filtrait uniquement les eaux d’une centaine d’habitants et était bardée de capteur afin d’enregistrer un maximum de données. Nous avons ensuite pu développer et améliorer le système que nous avons aujourd’hui. Nous avons prouvé que notre lombrifiltre pouvait faire aussi bien que les autres stations d’épuration homologuées en France à ce jour.
Quels objectifs aviez-vous fixé ?
Notre but était d’arriver à épurer un maximum d’eau grâce au lombrifiltre. Nous souhaitions arriver à 10 habitants par m2 de lombrifiltre. Aujourd’hui, nous n’y sommes pas tout à fait puisque nous sommes à 6 ou 7. Il y a sûrement encore mieux à faire pour arriver à cet objectif, mais nous étions à 1 au début donc nous avons bien progressé ! Nous avons amélioré le processus, mais également tous les matériaux. Nous avons fait beaucoup d’observations et de tests pour optimiser le processus. En l’espace de dix ou douze ans, nous avons fait des progrès importants.
Comment avez-vous vécu ces douze années d’expérience ?
À mon sens, le plus compliqué n’a pas été la partie scientifique. Chez nous en France et en Europe, tout ce qui est administratif n’est jamais simple. Il a fallu se battre pour que les dossiers soient admis – ne serait-ce que pour que l’idée soit admise. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients, mais ce que nous avons là dans notre lombrifiltre, ce n’est rien d’autre qu’un processus naturel. C’est ce que font les vers de terre tous les jours dans nos sols. On a imité ce qu’ils font, en le concentrant sur une petite surface pour l’optimiser, mais nous n’avons rien inventé : le processus biologique existait déjà.
Comment avez-vous financé ce test ?
Au départ, il y avait une exigence : que ce ne soit pas l’argent de mes contribuables qui finance entièrement l’expérience. Nous avons reçu de l’aide financière du département (Héraut) et de la communauté européenne. Sans cela, nous n’aurions rien pu faire.

– Le projet aujourd’hui –

Comment le système fonctionne-t-il aujourd’hui ?
Il est relativement simple. Nous avons un substrat qui est composé d’une épaisseur d’un mètre de copeaux de bois de deux ou trois centimètres. Nous y avons mis des vers de terre. N’importe quelle espèce aurait pu faire l’affaire, mais en l’occurrence, ce sont des « Eisenia Andrei ». Ce sont les plus travailleurs, ceux qui mangent le plus de choses. Ils sont entourés de milliards de bactéries qui vont les aider dans le processus épuratoire de transformation des matériaux. Avec une rampe, nous déposons l’eau sur le dessus et tel un filtre à café, elle va traverser cette couche. Cela prend un peu de temps mais ce qui ressort après le lombrifiltre, c’est une eau claire. Les lombrics et les bactéries auront ingéré, digéré et transformé les différents polluants. Par exemple, les dérivés azotés – très présents dans les eaux d’une station d’épuration –  sont transformés pour libérer de l’azote gazeux. Ce qui n’est pas filtré est assimilé par la zone humide à la sortie du lombrifiltre.
C’est un procédé 100% écologique ? 
Oui, c’est un phénomène naturel. Le substrat a été bien calibré, ce qui permet à toutes les décompositions qui se font à l’intérieur de se faire en présence d’oxygène. C’est fondamental car cela évite les étapes de minéralisation qui arrivent dans le cas des autres décanteurs. Nous n’avons jamais de boue, jamais d’accumulation dans le système.
Quel rendement arrivez-vous à obtenir ?
Aujourd’hui nous rentrons 150 000 litres d’eau par jour sur le site de la station. On réussi à en traiter 50/70 000 sur le lombrifiltre car nous avons une surface limitée. Nous ne pouvons pas aller au delà pour des questions de capacité. Il faudrait que l’on puisse réaliser d’autre bacs pour que le reste puisse être traité de la même façon.

Le robot bêcheur de Combaillaux

Au quotidien, est-ce un projet qui prend du temps ?

Il y a très peu d’entretien. Les vers s’auto-régulent. Aujourd’hui en moyenne, nous en avons 250 000 par m3 soit 2,5 millions dans notre lombrifiltre. Leur durée de vie est de deux ans, mais le cycle fonctionne bien. Quand ils meurent, ils sont mangés par les plus jeunes. La population se maintient à un niveau constant car les conditions sont idéales. Nous n’intervenons quasiment pas au niveau du lombrifiltre. Il faut juste entretenir la surface, mais nous avons inventé un robot bêcheur. La seule obligation c’est de fournir constamment de l’eau à filtrer aux lombrics.
En plus d’être écologique, le projet est donc économique ?
L’intérêt financier est évident. Le lombrifiltre ne nécessite qu’un bac et assez peu de pièces tournantes contrairement aux autres systèmes classiques. Nous avons estimé que cette méthode est entre 40 et 50% moins chère que celles actuellement homologuées. C’est encore à évaluer précisément en fonction des caractéristiques de chaque territoire. Le fonctionnement au quotidien étant plus simple, il y a forcément moins de dépenses.

– Comment dupliquer le projet  –

Votre projet est-il duplicable ?
Le procédé actuel a été développé pour notre usage, mais nous avons conçu l’ensemble du dossier pour qu’il soit exportable. Nous nous sommes engagés auprès de la Communauté Européenne à ce que la dissémination vers d’autres communes ou des particuliers soit possible. Je pense que le procédé peut intéresser des regroupements de maisons tels que des hameaux et toutes les communes jusqu’à 10 000 habitants. En partant sur ce chiffre, nous sommes dans la très grande majorité des communes de France et d’Europe. En revanche, ce procédé me paraît plus complexe à dupliquer dans une métropole plus importante. Nous avons reçu de nombreuses visites d’un peu partout. Nous sommes même en contact avec la Chine qui a mené aux abords de Shanghai des expériences similaires. Nous sommes sur un lombrifiltre expérimental, il nous reste à mettre en place le design final qui permettra de dupliquer un peu partout notre projet.
Quel rôle allez-vous jouer dans cette duplication ?
Tous les spécialistes ont à disposition notre recul d’expérience. Sur les douze années de test et à raison d’une mesure par mois et par poste, c’est intéressant. Nous avons démontré que le projet est au moins aussi performant que les autres stations auxquelles nous le comparons. Nous sommes confiants sur la qualité de l’eau en sortie. Nous allons déjà renouveler notre autorisation – à effectuer tous les quinze ans – pour être une station pilote. Nous sommes à la disposition des services de l’Etat pour qu’ils analysent plus finement nos données et qu’ils donnent un avis qui puisse servir à une autre commune.
Combien cela coûterait à une commune ?
Pour ce que nous avons créé ici, nous avons investi un million d’euros sur le lombrifiltre (pour l’installation, la recherche et la partie pédagogique). Il est cependant difficile de chiffrer une duplication, car le coût peut varier en fonction des caractéristiques de la commune, notamment la qualité des déchets qui arrivent. Mais il est à peu près évident que quelque soit le modèle retenu, nous serons dans un volume financier inférieur aux « modèles concurrents ».
Que faut-il faire pour favoriser la dissémination ?
Je pense qu’il faudra que nous ayons une homologation parfaite. Que nous soyons cités au même niveau que les autres procédés homologués. Ainsi les élus pourront choisir librement, et seront poussés naturellement vers le lombrifiltre. Ce n’est jamais simple d’être élu, alors quand il faut faire un choix, face à la cascade administrative, il est quand même légitime de piocher parmi la liste des procédés réglementaires. Le jour où nous y serons, je pense que nous aurons gagné notre pari.
Quels peuvent-être les obstacles ?
Il y a d’autres inconvénients. La lombrifiltration est adaptée pour filtrer les déchets ménagers mais il ne serait pas possible de l’adapter pour les communes qui ont des déchets industriels. Il faut également être constant dans l’année. Pour une station balnéaire, par exemple, qui aurait 500 habitants l’hiver et 10 000 l’été, il serait très compliqué de réussir à dimensionner le bac avec les vers. Autrement le système est malléable et peut facilement s’adapter aux différentes communes.
Propos recueillis par Baptiste Gapenne
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