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Transition énergétique : « En pointant du doigt le mauvais problème, on ne peut que s’orienter vers de fausses solutions »

Coup de projecteur

Transition énergétique : « En pointant du doigt le mauvais problème, on ne peut que s’orienter vers de fausses solutions »

Et si, en matière de transition énergétique, vous disposiez d’un argumentaire clair validé par des experts ? C’est l’idée du réseau Action Climat qui a décidé de « clarifier certains points à partir de données objectives issues de sources officielles telles que la Cours des comptes, le Ministère de l’écologie ou Airparif. » Pour y arriver, les membres du réseau ont décidé de publier un argumentaire pour lutter contre tous les clichés que chacun a pu entendre ces dernières semaines lors des débats politiques. Disponible en téléchargement gratuit, il pourra aider ceux qui cherchent à se forger une opinion mais également ceux qui veulent convaincre leur entourage.

Pour Morgane Creach, directrice du Réseau Action Climat, il est important que ce soit des experts qui interviennent. « Les associations se doivent de démentir les contre-vérités qui sont assénées par les politiques. Plus nous serons nombreux à réagir contre les idées reçues qui circulent, plus nous pourrons leur tordre le cou. » Au programme de leur argumentaire, on retrouve par exemple que les taxes écologiques sont punitives, que la pollution de l’air que nous subissons vient d’Allemagne, ou encore que consommer bio n’est réservé qu’aux plus riches.

Rencontre avec Morgane Creach, directrice  du réseau Action Climat.

Comment cette démarche est-elle née ?

Cette démarche du Réseau Action Climat est née en réaction à un certain nombre d’idées reçues sur la transition énergétique qui continuent de circuler, à la fois dans les médias et par la voix de certains représentants politiques. Marteler sans cesse celles-ci revient à empêcher les citoyens de se forger un avis quant aux avantages que procurerait une refonte de notre modèle énergétique. Le débat en amont de la loi sur la transition énergétique votée en 2015 avait pourtant permis de lever certaines de ces contre-vérités. Malheureusement, elles refont régulièrement surface et laissent des traces dans l’esprit des citoyens, qui entendent tout et leur contraire sur la transition énergétique. Cette confusion des messages empêche l’adhésion des citoyens à un véritable changement de nos modes de consommation et de production d’énergie et favorise le statu quo des politiques publiques à l’heure où la lutte contre les changements climatiques nous impose de passer à la vitesse supérieure.

Lors de cette élection présidentielle, le débat sur la transition énergétique est-il pollué par ces clichés que vous dénoncez ?

Tout et son contraire est dit sur la transition énergétique, sans qu’une parole experte n’intervienne pour clarifier ce qui repose sur des données objectives de ce qui relève d’idées préconçues. L’exemple le plus flagrant est celui du retour au charbon en Allemagne dû à sa décision de sortie du nucléaire. Le raccourci est facile : on sait pourtant que ce n’est pas la décision de sortir du nucléaire qui a amené ce pays à augmenter sa production au charbon mais bien la faiblesse de la règlementation européenne sur les émissions de gaz à effet de serre des industries et par conséquence, le très faible prix du charbon sur le marché. Ce mythe, sans cesse repris, nous éloigne du vrai problème : le nécessaire renforcement du prix de la tonne de CO2 au niveau européen. En pointant du doigt le mauvais problème, on ne peut que s’orienter vers de fausses solutions.

Les politiques reprennent régulièrement ces clichés, comment agir auprès d’eux ?

Les associations se doivent de démentir les contre-vérités qui sont assénées par les politiques. Plus nous serons nombreux à réagir contre les  idées reçues qui circulent, plus nous pourrons leur tordre le cou. Il est également important que les médias assurent un rôle de « garant » des informations qui sont communiquées par les politiques. Si on laisse filer des contre-vérités, celles-ci font leur chemin. C’est pourquoi, le Réseau Action Climat a décidé de continuer ce travail en contribuant à un site internet mis en place par négaWatt et qui vise le même objectif : http://decrypterlenergie.org/

Dans une campagne comme celle-ci, on a l’impression que le débat écologique tourne souvent autour d’une question : le nucléaire, oui ou non ? Devrions-nous plus parler de tous les sujets liés à l’écologie ? Lesquels ?

La question de la sortie du nucléaire est cruciale car il reste un verrou important dans notre pays à la fois pour réduire notre consommation d’énergie mais aussi pour développer d’autres sources de production, comme les énergies renouvelables. Des choix importants doivent être faits dans les toutes prochaines années car l’essentiel du parc nucléaire arrive en fin de la durée de vie qui avait été prévue pour son fonctionnement. Au-delà des questions de sécurité que cela soulève, son coût va augmenter. De l’autre côté, nous avons un formidable potentiel d’énergies renouvelables en France avec un coût de production qui ne cesse de diminuer. Où investir l’argent ? On ne pourra pas mettre le même euro sur les deux et les politiques doivent faire un choix. Prétendre qu’on peut faire l’un et l’autre est illusoire. Il faut garder à l’esprit que la France accuse au niveau européen le pire retard pour respecter ses objectifs de développement des énergies renouvelables pour 2020. C’est malheureux à la fois d’un point de vue de la protection du climat mais aussi d’un point de vue de l’activité économique dont se prive notre pays à l’heure où le chômage est l’une des principales préoccupations des Français.

« Le surcoût engendré par l’atteinte d’un scénario électrique 100% renouvelable est minime »

Au-delà de cette question, la France satisfait encore près de 2/3 de sa consommation finale d’énergie par des énergies fossiles, c’est-à-dire par le pétrole, le gaz et le charbon (ce qui pèse lourdement chaque année sur notre facture énergétique car nous importons l’essentiel du pétrole que nous consommons). Lutter contre les changements climatiques requiert une sortie des énergies fossiles et fissiles, par une baisse des consommations énergétiques, primordiale, et par la satisfaction des besoins restants par les énergies renouvelables. Cela signifie que l’ensemble des secteurs, et pas uniquement celui de la production d’électricité, doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre, en priorité les transports et l’habitat.

Par ailleurs, d’autres gaz à effet de serre que le CO2 interviennent dans le dérèglement climatique comme le méthane et le protoxyde d’azote. Ils sont en grande partie causés par notre système de production agricole et notre régime alimentaire trop riche en viande. A eux seuls, les secteurs agricoles et alimentaires sont responsables de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre de la France.

Vous prenez par exemple, le cas d’une énergie 100 % renouvelable en France qui ne coûterait que 2 % de plus, en quoi est-ce important que les citoyens en soient conscients ? 

Chacun est en droit d’avoir toutes les données en main pour se forger une opinion sur l’avenir de notre modèle énergétique, y compris les données budgétaires et d’investissements. Cependant, alors que plusieurs sondages montrent que les citoyens sont  majoritairement favorables aux énergies renouvelables, cette adhésion est principalement entravée par deux idées reçues : celle de la non faisabilité d’un mix énergétique 100% énergies renouvelables en 2050 du fait du caractère intermittent de ces dernières (et pour lequel des solutions existent telles que mentionnées dans le document) et celle du coût excessif de leur développement. Là encore, et grâce à des travaux prospectifs menés notamment par l’ADEME, on constate que le surcoût engendré par l’atteinte d’un scénario électrique 100% renouvelable est minime.

Est-ce que sur un sujet comme le nucléaire, vous sentez que les français sont en train progressivement de changer d’avis ?

Malgré Fukushima, plusieurs représentants politiques minimisent les risques que fait peser le nucléaire sur notre pays et l’électricité nucléaire continue d’être présentée par beaucoup comme non carbonée. Encore une fois, le message est brouillé. Par contre, ce qui est en train de changer, c’est le regard porté en France sur les énergies renouvelables. Les débats organisés autour de la loi de transition énergétique ont permis de démêler certains mythes. Par ailleurs, l’adhésion viendra de la démonstration. A cet égard, les nombreux projets renouvelables qui se développent aujourd’hui en France par la volonté des collectivités locales ou des citoyens, font que la transition énergétique est déjà engagée et témoignent concrètement de ses bénéfices. Mais, il faut appuyer, y compris à l’échelle nationale, la démultiplication de ces initiatives.

Vous citez dans votre argumentaire l’exemple des pics de pollution qui viendraient d’Allemagne. Est-ce typiquement le genre de sujets où certains français préfèrent se voiler la face plutôt que de chercher des solutions concrètes ?

En se trompant de diagnostic, on ne peut que se tromper de remède. Dans les pics de pollution et la pollution de fond, le transport routier est principalement en cause. Il représente l’essentiel de nos déplacements individuels et du transport de marchandises. Son impact sur le climat et la santé publique est plus que préoccupant. Les acteurs dans leur ensemble ont une responsabilité pour sortir du tout routier, citoyens et représentants politiques. En ville, un trajet sur deux fait moins de 3 km. Pourtant l’utilisation du vélo reste encore très marginale en France comparativement à d’autres pays (3 % des déplacements contre 29 % aux Pays-Bas et 10 % en Allemagne). Les pouvoirs publics quant à eux doivent procurer des solutions alternatives à la route, en développant les mobilités douces et les transports en commun pour les déplacements individuels et en faisant payer au transport routier son coût réel sur l’environnement tout en soutenant le fret ferroviaire.

Est-ce que votre objectif derrière cet argumentaire est de dire aux français qui sont convaincus par la nécessaire transition énergétique : c’est aussi à vous d’agir et de convaincre vos proches, vos amis, etc. ?

L’objectif est de montrer que les freins à la transition énergétique en France relèvent davantage de contre-vérités que de la réalité. Les solutions existent pour réduire notre empreinte sur le climat et seront bénéfiques pour le plus grand nombre, en termes de création nette d’emplois, de préservation de la santé et de réduction des dépenses énergétiques. Chacun a le droit d’avoir ces informations en main et de les utiliser pour se mobiliser, aussi bien à l’échelle individuelle que collective. Le défi climatique requiert des choix importants d’évolution de notre société  qui ne pourront être faits que si les données autour desquelles le débat s’organise sont collectivement reconnues et partagées.

 

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