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Une cité maraîchère au milieu des HLM

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Une cité maraîchère au milieu des HLM

  Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à l’agriculture urbaine. La mairie de Romainville vient de démarrer la construction d’une cité maraîchère. Le bâtiment, qui sera construit dans un quartier de logements sociaux, produira 16 tonnes de légumes par an soit l’équivalent des besoins de 200 personnes. Le lieu accueillera également un restaurant et des espaces pédagogiques à destination du public scolaire et des habitants. Un tel lieu est une première en France.

Nous avons interviewé Cyril Antheaume chef de cabinet de la maire de Romainville pour évoquer les ambitions de la municipalité.

Sommaire:

– Visite en 3D –

– Mise en place du projet –

Comment cette idée vous est-elle venue ?

C’est madame le Maire, Corinne Valls, qui avait lu un article sur l’agriculture urbaine. C’était en 2011 et le journaliste évoquait des serres sur les toits des bâtiments. Elle a donc eu l’idée d’installer des serres sur des logements sociaux gérés par l’OPH de Romainville. Nous avons réalisé des études et il s’est avéré que ces bâtiments très anciens ne pouvaient pas supporter de telles charges. Il a donc était pensé de construire une tour maraichère à côté. Tout est parti de là et il y a eu une réflexion progressive.

Qu’est-ce qui attiré Corinne Valls dans cette idée de tour maraichère ?

Elle souhaitait remettre de l’agriculture dans Romainville. Notre municipalité est de tradition maraîchère. Elle souhaitait réintroduire cet aspect de la ville qui avait disparu avec les années.

Par qui cette tour va-t-elle être gérée ?

Ce n’est pas la ville qui va gérer la cité municipale. Nous allons passer par un prestataire. Il gérera le lieu. Ce ne sera pas forcément des agriculteurs car il ne va pas y avoir que des agriculteurs. Dans ce lieu, nous trouverons des espaces pour organiser de l’événementiel mais aussi un restaurant et des espaces pédagogiques pour les scolaire ou les habitants. C’est vraiment un pôle multimodal autour de l’agriculture urbaine qui va être créé à Romainville. L’agriculture aura un aspect prépondérant mais il y aura aussi tout le côté information.

Comment s’est déroulée la mise en place du projet ?

Comme je vous l’ai dit, l’idée a émergé en 2011. Il y a eu différentes études et dès que le projet a été plus avancé, nous avons lancé un concours d’architecte qui a eu lieu en 2016. Nous avons attribué le lot et la construction en décembre 2017. Aujourd’hui les travaux ont commencé. La livraison est prévue pour l’été 2019.

J’imagine qu’il y a eu un gros travail autour du financement ?

Il y a eu beaucoup de travail en effet. Nous sommes sur un financement avec du public et du privé. C’est du 50/50. Les financements privés, ce sont des promoteurs ou des fondations de promoteurs. Au niveau du financement public, nous avons le conseil régional, le conseil départemental, la métropole du Grand Paris. Il y a également une présence de l’Etat via un fond pour l’agriculture.

C’est un coût global de combien ?

Nous sommes environ à 5 Millions d’euros.

Combien cela coûte à la ville ?

La ville n’a pas mis d’argent dans la cité maraichère. Elle a en revanche pris en charge tout le travail d’étude etc. Il y a eu beaucoup de temps passé mais pas de subventions pour le projet.

– Le projet aujourd’hui –

En 2019, quand la cité maraichère sera en place, à quoi va ressembler le projet ?

Concrètement, cela sera deux grandes serres avec des étages. Il y aura à l’intérieur deux bacs de pleine terre, ce que l’on appelle aussi du substrat. Les personnes qui géreront la structure cultiveront des fruits et légumes de saison. Nous ne pourrons pas faire du bio car il faut être dans le sol mais nous souhaitons que cette agriculture possède toutes les caractéristiques du bio. Il n’y aura pas de pesticides…

Vous souhaitez déclencher une dynamique autour du lieu ?

Oui. C’est à la fois un projet qui va permettre de créer de l’emploi. Nous allons créer douze postes grâce à cette cité maraichère. Mais nous allons aussi créer du lien et apporter à des habitants qui n’ont pas forcément l’habitude de s’approvisionner localement de le faire. Il y aura des liens pédagogiques via les structures scolaires. Ce sera également un lieu de restauration. Tout cela sera lancé à l’été 2019.

Avez-vous des retours de la part des habitants ?

Oui quelques un. Il a fallu réaliser un travail de pédagogie pour expliquer pourquoi nous souhaitions remettre l’agriculture en pleine ville. Nous avons un bon retour des habitants. Ils sont pressés d’acheter des légumes « Made in Romainville ».

Ont-ils conscience de ce qu’est l’agriculture urbaine ?

Je pense qu’ils ont compris la nécessité d’avancer dans le domaine de l’agriculture urbaine. Les terres agricoles disparaissent un peu partout mais il y a une véritable nécessité de recréer des poches d’agriculture un peu partout pour permettre de nourrir tout le monde.

Sur la production, combien allez-vous produire ?

Nous allons produire 16 tonnes de fruits et légumes minimum par an sur les 1000 mètres carrés de surface. Cela correspond à ce que mangent 200 personnes lors d’une année. Nous allons évidemment en toucher beaucoup plus…

– Dupliquer le projet  –

Quels conseils donneriez-vous à des élus qui souhaitent se lancer dans l’agriculture urbaine ?

Il ne faut pas s’arrêter aux premiers soucis ou inconvénients. Il y a eu beaucoup de travail de fait à Romainville. Nous avons croisé de nombreuses embûches. Il faut persévérer dans la volonté de réintroduire l’agriculture. Nous nous sommes par exemple rendus compte que nous avions comme de nombreuses villes un PLU urbain. Il a donc fallu recréer une partie agricole avant de pouvoir ré-autoriser l’installation de bâtiments à vocation agricole. Ce n’était pas prévu dans le premier PLU. Il y a également eu le travail dans les arguments pour convaincre les partenaires financiers de la nécessité du projet. Ce sont les inconvénients d’être les premiers dans un domaine.

A quel type de territoire votre projet peut-il s’adapter ?

Je pense que toutes les villes peuvent se lancer dans l’agriculture urbaine. Il n’y a pas de taille spécifique. En revanche, il faut une grosse volonté politique…

Il est certain qu’en tant que collectivité publique, c’est un engagement politique…

Oui. Chez nous, c’est madame le Maire qui suit personnellement ce dossier. Elle y tient vraiment . C’est elle qui a réussi à obtenir des financements ou des subventions à droite ou à gauche. Si vous n’avez pas des élus derrière les projets, cela ne peut pas marcher.

Qu’attendez-vous comme impact ?

Il sera forcément positif. L’agriculture urbaine va vraiment se développer partout. Encore plus depuis la COP 21. Il faut nourrir la population et éviter la disparition des terres agricoles. Sur l’emploi, nous allons avoir également un impact puisqu’une douzaine de personnes vont être embauchées.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

C’était principalement financier. Certains habitants ne se sont pas intéressés au projet ou l’opposition qui critique tout ce que nous menons. Mais sinon nous avons pu facilement mener le projet. Le plus dur a vraiment été de convaincre les partenaires publics et privés d’investir dans ce projet.

 

Propos recueillis par Baptiste Gapenne

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